Lucie
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une course pour la science ouverte
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Les personnages
Lucie
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Cette ampoule mutante pleine d'idées cherche à diffuser ses articles au plus grand nombre de lecteurs et pour cela elle doit avoir au moins un article en accès ouvert (OA). En évitant les éditeurs prédateurs, elle doit déposer ses articles soit sur les archives ouvertes soit les publier avec les éditeurs en accès ouvert. Mais attention, certaines pratiques en accès ouvert peuvent lui coûter cher (littéralement, mais pas que…).
Les éditeurs prédateurs
-1 article · -30 lecteurs
Les « Big Five » de l'édition scientifique vont tout tenter pour récupérer les articles de Lucie. Avec une marge de profit qui peut dépasser les 40%, ils ont tout intérêt (encore littéralement, mais pas que…) à ce que l'accès ouvert ne se développe pas ou, mieux, qu'il se développe, mais à leur manière (tiens, les APCs…). Les enjeux sont toutefois plus complexes et ne concernent pas seulement ces cinq « monstres » de l'édition : en effet, la faune de l'édition scientifique compte avec de plus petits éditeurs (souvent associatifs) qui pourraient disparaître s'ils se mettaient à éditer en accès ouvert, car ils dépendent souvent de l'argent des abonnements pour fonctionner. Par ailleurs, souvent ces revenus se destinent non seulement à financer l'édition, mais aussi à l'organisation d'événements à caractère culturel et scientifique. La problématique est donc de trouver une voie qui permette à la fois de préserver la « bibliodiversité » qu'offrent ces petits éditeurs et de répandre le modèle éditorial en accès ouvert.
Les éditeurs en accès ouvert & licences de distribution
+1 article · +50 lecteurs CC BY : +25 lecteurs · bouclier (7s) CC BY-NC-ND : -20 lecteurs
Les éditeurs en accès ouvert distribuent souvent leurs articles soit sous CC BY-NC-ND (on doit indiquer l'auteur, pas d'utilisation commerciale et pas d'œuvre dérivée) soit sous CC BY (il suffit d'indiquer l'auteur). La licence CC BY‑NC‑ND ampute une (grosse) partie des droits de l'auteur et restreint la diffusion de son travail : adieu aux traductions, aux ressources éducatives et d'autres travaux dérivés qui pourraient en découler, et en bien des cas, à la redistribution (de fait, certaines plateformes qui ont des activités commerciales — sans nécessairement avoir un but lucratif — sont découragées, car même des bannières publicitaires sur un site distribuant l'article gratuitement poseraient problème sous cette licence ; et on oublie bien évidemment Academia.edu, ResearchGate etc.). En plus, si la structure éditrice venait à disparaître, bon courage pour rééditer l'article…

Petite question qui est peut-être passée par la tête du lecteur : si Lucie a publié ses travaux sous la licence CC BY‑NC‑ND ou si son éditeur a « tous droits réservés » (©), comment ça se fait qu'on les trouve quand même cités ? Eh bien, en France c'est grâce à l'article L122-5 du Code de la propriété intellectuelle, qui dit notamment que :

« Lorsque l'œuvre a été divulguée, l'auteur ne peut interdire : (...) 3° Sous réserve que soient indiqués clairement le nom de l'auteur et la source :
a) Les analyses et courtes citations justifiées par le caractère critique, polémique, pédagogique, scientifique ou d'information de l'œuvre à laquelle elles sont incorporées ; »
.

L'article complet est disponible ici.
Le Green Open Access
+1 article · +25 lecteurs CC BY-NC-ND : -20 lecteurs
C'est ce qui nous reste à tenter quand on publie chez un éditeur en « accès fermé » (si ce dernier nous l'accorde, dans un acte de clémence envers le pauvre chercheur désormais à sa merci). Lucie dépose sur une archive ouverte la version originale de son manuscrit, la prépublication ou preprint (sans intégrer les suggestions/corrections qu'elle aurait reçues à la suite de l'évaluation par les pairs – qui l'ont fait certainement de manière bénévole, mais passons) et quelques années après la publication par l'éditeur (l'embargo), notre protagoniste peut enfin mettre en ligne la version corrigée de son article (mais sans la mise en page faite par l'éditeur, faut pas trop demander non plus…). Et, bien sûr, bye bye au CC BY : les éditeurs imposent que cette dernière version soit diffusée sous une licence plus restrictive, notamment sous CC BY‑NC‑ND. Dans ce cas, pas question donc de produire des travaux dérivés (traductions, ressources éducatives, graphiques, etc.) ou encore pire, d'autoriser une quelconque utilisation commerciale (qui pourrait vraiment « booster » la diffusion des recherches, voir ci-dessus).
L'édition ouverte & les frais de publication (APCs)
+1 article · +50 lecteurs APCs : Ø archives ouvertes, éditeurs OA & Green OA · + de monstres (7s)
En gros, c'est traître. Plutôt que de faire payer le lecteur, on fait payer l'auteur ou les institutions de recherche. Au-delà des inégalités frappantes que ce système peut occasionner autant entre individus qu'institutions (qui paie plus, publie plus et s'achète finalement une autorité scientifique), il préserve le status quo qui régit les rapports entre les grands éditeurs, les auteurs et les financeurs publics notamment. Et là s'envolent nos espoirs d'un futur avec des publications plus variées (la bibliodiversité) et avec un forum scientifique plus égalitaire. En résumé : plutôt que bander les yeux de lecteur avec une paywall, on préfère museler les auteurs qui ne peuvent pas payer et, de prime, on s'affiche avec un label Open Access.
Les archives ouvertes
+1 article · +50 lecteurs
Pensées pour préserver les données scientifiques en cas d'apocalypse (je rigole à moitié) avec un système de stockage particulier, ces « bibliothèques numériques » garantissent un accès libre aux articles (pas besoin de se prendre la tête avec un énième mot de passe à rajouter dans le post-it juste en dessous de celui que tu as créé uniquement pour commander un objet non identifié qui était dans la liste du baby shower de ta pote : faut juste te rendre sur leur site !). Elles sont financées par des organismes de recherche nationaux (HAL), européens (Zenodo) ou par des organisations à but non lucratif (arXiv). Le dépôt est gratuit, mais est soumis à certaines conditions : les auteurs doivent s'enregistrer, parfois l'affiliation à une institution de recherche est requise (Zenodo est le plus « chill » par rapport à ça) et le contenu doit être adapté (ex. HAL et arXiv modèrent les dépôts). On notera que certaines archives ouvertes sont entretenues par des universités et dédiées aux publications de ses chercheurs comme l'ORBi à Liège ou la e-Buah d'Alcalá.
Couperin
+1 article · bouclier (2s)
Couperin est un consortium sous la forme d'association loi 1901 qui mobilise les établissements de l'Enseignement supérieur et de la Recherche français, qui envoient ses agents les plus motivés au front pour faire corps et négocier avec les grands éditeurs. C'est un sacré bouclier contre les APCs notamment, car il permet aux chercheurs des établissements associés d'en être exonérés. Couperin est financé par les cotisations de ces derniers ainsi que par des subventions du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.

Pour la petite anecdote, en 2018 les négociations entre Couperin et Springer ont foiré. Résultat : le CNRS a résilié son abonnement avec Springer et a redirigé les économies de plus de 300k€ entre 2022 et 2023 pour soutenir l'édition ouverte.
SciHub & Cie
+10 lecteurs · + de monstres (5s)
SciHub est un site qui arrive à déjouer les paywalls des grands éditeurs et donner accès illégalement aux articles publiés chez eux. Le dispositif a été créé par Alexandra Elbakyan, programmeuse vertueuse qui a une histoire particulièrement rocambolesque et qui est sans doute en cavale pour échapper aux griffes (les avocats) de nos monstres enragés. Si ce site illégal est un personnage dans ce jeu – il est vilain, répétons-le sagement – c'est parce qu'il a bousculé l'ensemble des acteurs de la science ouverte : il diffuse si bien les articles des grands éditeurs que publier en accès ouvert n'apporterait désormais guère d'avantages concernant la visibilité des articles… de quoi faire trembler les fondements de l'accès ouvert et de menacer son existence au profit d'un modèle où la marginalité est le seul ressort pour la libre diffusion du savoir.

SciHub est la star des « shadow libraries » : des bibliothèques numériques illégales qui prennent des formes très diverses et se spécialisent parfois dans une ou plusieurs disciplines.
Pour aller plus loin
Le livre de Bernard Rentier, Science Ouverte, le défi de la transparence (2018, en OA sur Orbi, ici) aborde de manière très pragmatique les différents aspects de la question.

Sur les marges de profit de nos monstres de l'édition, voir le dossier publié en mars 2025 dans le magazine d'actualité scientifique Phys.org, ici.

Sur la question des licences CC avec ND (No Derivatives) voir le billet de Brigitte Vézina (avril 2020) sur le blog de l'organisation, ici.

Pour plus d'info sur le fight la négociation de 2018 Couperin vs Springer, voir l'annonce du CNRS dans son actu du mois de mars de cette année-là, ici et la newsletter de juillet 2023 (p. 6 pour les économies faites avec la résiliation de l'abonnement Springer), ici.

Sur le paradoxe de SciHub, voir l'article de A. Maddi & D. Sapinho dans Scientometrics (2023, disponible sur arXiv, ici).
À propos du jeu
Conçu pour sensibiliser les étudiants de l'enseignement supérieur sur les enjeux de la science ouverte, le jeu « Lucie : une course pour la science ouverte » (ISSN 3130-5873) se veut une ressource éducative libre (REL) et évolutive. Inspiré des mécanismes de « Chrome Dino », le jeu présente les personnages emblématiques de la science ouverte en France : les cinq grands éditeurs qui monopolisent le marché de l'édition scientifique, les éditeurs en accès ouvert avec les deux types de licence de distribution les plus dichotomiques du spectre Creative Commons (CC BY et CC BY-NC-ND) et le modèle économique des « APCs » (article processing charges [frais de publication]), ainsi que les archives ouvertes (représentées par Zenodo, Arxiv et HAL). À ceux-là s'ajoutent l'association Couperin, qui négocie avec les grands éditeurs pour les établissements de l'Enseignement supérieur et de la Recherche français, et SciHub, site illégal de téléchargement d'articles qui a bousculé l'ensemble des acteurs de l'édition scientifique.
CC BY Edson Poiati Filho

V1. Juin 2026

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